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Réforme du droit de préemption
un outil au service des collectivités
Jean-Marie Breton, professeur de droit, décrypte les orientations de la future loi.
La réforme du droit de préemption - différée pour des raisons de priorités législatives et d’« embouteillage » parlementaire – a fait l’objet d’un séminaire sur « le droit foncier en Guadeloupe » au campus de Fouillole.
Qu’est-ce que le droit de préemption ?
Il s’agit d’un droit reconnu aux collectivités publiques
de se substituer d’autorité, sous certaines
conditions, à l’acquéreur désigné, en cas de cession
d’un bien foncier, en milieu urbain comme en
milieu rural. Le but est de disposer des terrains en
vue dans le cadre de projets et d’opérations d’aménagement
urbain, d’équipements collectifs, de protection
de l’environnement, etc, conduits sur leur
territoire. Ce droit est reconnu aux communes et
groupements de communes mais aussi aux départements,
à l’endroit des espaces naturels sensibles,
ou à l’Etat.
Quelles modifications sont apportées par
le projet de réforme et dans quel but ?
Les buts poursuivis par le projet de réforme du droit
de préemption répondent au double souci de renforcer
la maîtrise des collectivités locales sur les
espaces fonciers, afin de pouvoir mener à bien leurs
politiques de développement local, et de sécuriser
et moderniser les instruments juridiques dont elles
disposent à cet effet. Outre les possibilités de cession
directe de gré à gré, comme il en va de toute
vente, le droit de préemption coexiste, à cet égard,
avec la procédure d’expropriation pour cause d’utilité
publique - au profit des mêmes collectivités -,
plus lourde et contraignante, et avec le droit de délaissement
parallèlement reconnu au propriétaire qui,
pour diverses raisons, ne serait pas (ou plus) en mesure
de jouir de son bien comme il le souhaiterait.
Quels intérêts peuvent y trouver les collectivités
d’outre-mer ?
Les orientations et le texte proposés par le Conseil
d’Etat, dans son rapport de novembre 2007, instaurent
désormais deux grandes catégories de préemptions
: la préemption « planifiée » dans le cadre d’un
projet spécifique d’aménagement, et la préemption
« d’opportunité », pour répondre à des besoins plus
urgents et circonstanciels. Les collectivités d’outremer
pourront ainsi disposer d’instruments plus
affinés et mieux adaptés pour leur permettre l’acquisition
de biens faisant l’objet de cessions. Elles
pourront s’assurer la maîtrise des espaces fonciers
indispensables à la réalisation de leurs projets de développement,
dans le cadre des documents d’urbanisme
locaux : SCOT (schémas de cohérence territoriale,
ex-SDA, schémas directeurs d’aménagement)
et PLU (plans locaux d’urbanisme, ex-POS, plans
d’occupation des sols) principalement, en considérant
les objectifs planifiés qui y figurent. Elles doivent
ainsi mieux pouvoir faire face à la double
contrainte antagoniste de la raréfaction du foncier
disponible, dans un espace insulaire retreint et
fermé, et des exigences d’une démographie importante
engendrant des besoins d’équipe-ments accrus,
en matière d’habitat, de commerce, de santé, d’éducation,
etc.
n°34 du 29/01/09