La morosité du BTP



La crise ébranle un secteur fragilisé par un manque de visibilité.

« Il ne me reste plus beaucoup de cheveux sur la tête ! » soupire un constructeur de Goyave qui s’est beaucoup investi pour développer son entreprise et n’a guère de marge de manoeuvre. « J’ai sept employés et l’argent n’est pas rentré. Sans oublier les sous-traitants. J’ai examiné la situation avec mon gestionnaire pour voir comment résoudre le problème. Avec des augmentations de 200 euros, ajoutées au coût des matériaux et une défiscalisation en perte de vitesse : la situation est délicate » explique ce maître artisan qui se demande s’il ne doit pas relever ses prix. Dans son entourage, d’autres artisans ne se posent plus la question : beaucoup ont déjà baissé les bras !

Un secteur ébranlé
Quand le bâtiment ne va pas bien, la Guadeloupe tousse. Et pour cause. Le BTP, c’est 30% du PIB de la Guadeloupe et 12 000 emplois directs, 6000 indirects. La crise financière et les perspectives de ralentissement de l’économie ont érodé le marché du BTP au second semestre de l’année 2008. La crise sociale est passée par là et le secteur est durablement ébranlé. « Beaucoup d’entreprises ne pourront pas absorber l’accord Bino. L’augmentation du volume salarial va se traduire par une diminution des effectifs, davantage de sous-traitance et des délocalisations. Il faut s’attendre à une croissance du chômage dans ce nouvel équilibre  » analyse Philippe Michaux, vice-président du BTP qui met en exergue la chute du chiffre d’affaires, un grignotage du plan de relance des collectivités et l’inquiétude face à une possible défiance des maîtres d’ouvrage privés. Autre réserve : le logement social qui nécessite « une révision des prix adaptée à la situation économique ». Dans ce climat morose, la crainte est, de surcroît, un retour à l’inflation si le coût des matières premières vient à augmenter.

Cimenterie : c’est reparti !
S’ils connaissent aussi la crise, les importateurs ne sont pas en manque d’approvisionnement. En raison des méventes sur plus d’un mois, beaucoup sont en surstock et ont dû retarder toute nouvelle commande, comme Boulogne à Petit- Pérou, ou Durapin à la Jaula. Mais beaucoup d’entreprises ont dû se résoudre au manque d’activité faute de ciment. Chez Lafarge, la production, qui a cessé le 5 février n’a repris que le 10 mars. Un manque à gagner qui se solde, pour le cimentier, par un repli des ventes de 60% à fin février. « En raison d’une légère reprise en mars, l’impact sur le premier trimestre sera égal à un gros mois de production  » résume Laurent Nesty, directeur commercial. Les réapprovisionnements ont été plus difficiles pour faire face à un pic de consommation mais, selon M. Nesty, tout est rentré dans l’ordre. Reste que les prévisions pour cette année sont aléatoires. Car si les besoins, en terme de logements sociaux sont réels, l’année 2009 ne sera pas d’un grand crû.

n°36 du 26 mars 2009