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Découverte : l’ardoise de Travassac

Réputée la plus solide au monde, cette ardoise est issue de la seule carrière en Europe où l’exploitation s’effectue manuellement.



L’ardoise de Travassac, en Corrèze, est un matériau unique, taillée par la main de l’homme depuis plus de trois siècles. Le village abrite d’anciennes carrières qui se visitent.

Inaltérable et imperméable, cette ardoise au grain fin et à la teinte anthracite bleutée, ne peut être ni mécanisée ni standardisée du fait de sa structure géologique.
Ses qualités singulières lui ont valu d’être choisie par les Monuments Historiques, parmi huit autres ardoises d’Europe, pour recoiffer l’abbaye du Mont-Saint-Michel. Afin de réaliser les 1500 m2 de toiture, le chantier a duré plus de quatre ans. Sa notoriété a remis en selle un matériau d’architecture incomparable qui garantit des toits centenaires.

La grande muraille
Toits, murs, dalles : l’ardoise est omniprésente à Travassac. Dressé sur une colline, ce hameau situé à une dizaine de kilomètres de Brive-la- Gaillarde, en Corrèze, a résonné longtemps du taillant et de l’encochoir de l’ardoisier, penché sur l’enclume par tous les temps, jambes allongées sous son toit de paille.
Les pans de Travassac, vestiges de ce site ardoisier ouvert au public, témoignent de l’activité laborieuse qui a régné pendant plus de trois siècles. La carrière à ciel ouvert tailladée de murs gigantesques, constitue une balade inédite et surprenante. Un sentier mène sur des à-pics époustouflants. La visite se poursuit dans les entrailles de la terre qui ont été éventrées à la dynamite pour extraire l’ardoise de sept filons, séparés par six couches de quartzite de quelques mètres d’épaisseur. Des puits jusqu’à 200 m de profondeur ont été creusés et des passages ont été percés au burin pour circuler d’un filon à l’autre. Il ne reste que les grands pans de quartzite, inexploitable. La balade est impressionnante entre ces murailles de 60 mètres de haut sur lesquels la nature a repris ses droits et qui s’achève sur une villa musée, au fond d’un filon, après une descente de 160 mètres.

Patrimoine vivant
Ce patrimoine revit grâce à une poignée de passionnés. Un temps abandonnée, l’exploitation de l’ardoise de Travassac a repris en 1998, selon une tradition familiale entretenue par la famille Bugeat, ardoisiers de père en fils depuis 1808. Sept ouvriers y travaillent à la manière des compagnons. Ils reproduisent les mêmes gestes, avec les mêmes outils et dans les mêmes conditions qu’au XVIIe siècle.
Cette exploitation permet de satisfaire une demande spécifique de puristes, en particulier pour la rénovation de toitures car ce produit rare et cher de l’artisanat coûte trois fois le prix d’une ardoise mécanisée.
Sur le chemin de la visite, le métier d’ardoisier démontré par un guide ouvrier complète les pans de l’histoire ardoisière. Un métier qui s’accomplit curieusement à la main et à l’oreille et auquel les visiteurs peuvent s’essayer.

n°30 25/09/08