Interview

Immobilier : un marché attentif



Philippe Le Fizelier (Fnaim) : « Les prix doivent se stabiliser à la baisse »

Coûts élevés et crédit plus cher : le marché stagne en métropole où une « décrue » des prix est attendue en 2008. Quid de l’immobilier dans nos îles ? Philippe Le Fizelier, président de la Fnaim Guadeloupe, répond.

Dispose-t-on d’un indice de comparaison du prix dans l’ancien, comme en métropole ?

C’est très différent. Les produits, maisons ou appartements, ne sont pas comparables dans un même lieu car ils n’ont pas été construits à la même époque. Les prix sont donc très variables, au sein d’un même quartier et d’un quartier à l’autre d’une même commune, car on tient compte du prix du foncier, de l’équipement, de l’environnement, de la qualité de la construction et de ses finitions.

On constate que les mises à prix des biens en vente restent à un haut niveau

Dans l’esprit des propriétaires de biens, il est plus facile d’intégrer la hausse que la baisse mais les prix doivent se stabiliser à la baisse. Certaines banques ont d’ailleurs intégré le prix du marché, lorsque le bien est garanti par une hypothèque, en faisant réaliser une expertise interne. Le problème est qu’il est de plus en plus difficile d’accéder à la propriété pour des gens qui ne possèdent pas de trésorerie. La clientèle est majoritairement composée de personnes qui ont déjà acquis un bien. Très peu de primo accédants, même des jeunes qui ont de bonnes situations et des revenus stables, ont une capacité de financement suffisante pour acquérir les biens du marché. Or, les conditions d’accès au crédit sont plus difficiles.

Quel est votre sentiment concernant le changement de loi-programme ?

La menace sur l’emploi est chiffrée. Sur le fond, les investisseurs ont un répit de deux ans sur le logement libre. Mais la personne qui a acheté un terrain pour construire en défiscalisation se demande si elle doit reporter son projet, l’annuler ou foncer. Nous sommes sur un marché attentif. Ce n’est pas la suppression de la loi Girardin qui va régler le problème de la spéculation foncière. En tout cas, la défiscalisation outre-mer ne devrait pas être traitée en bloc mais être adaptée à la problématique et aux disparités de chaque département. Par exemple, la double insularité, en Guadeloupe, devrait être prise en compte.

Comment accueillez-vous la proposition du rapport Attali d’établir une plus grande concurrence entre les agences immobilières pour maîtriser les coûts de transaction  ?

Cette concurrence existe. A en croire le rapport, ce seraient les agences qui seraient responsables de la hausse des prix  ! C’est une hérésie car on écrase plutôt les prix. La profession est incontournable car nous structurons le marché. J’espère que l’on n’entendra plus entendre parler de cette proposition car 80% des agences déposeraient le bilan.